Un outil partagé par & pour les practicien·nes du temps réel

Ce projet vise à cartographier la pollinisation des pratiques expérimentales improvisées qui animent les arts de la parole et du geste – musical, dansé, joué, mimé, etc. C’est-à-dire à visualiser leurs circulations et leurs champs d'influence. Et à inventer à plusieurs un outil partagé qui permette de se repérer dans l’histoire – ses continuités, ses discontinuités – de l’improvisation.
Il s’agissait de répondre à un manque – celui d’un outil de repérage – dans le champ des études en improvisation, et de lancer cette entreprise cartographique avec une vaste équipe de mémoires vivantes capable de connecter des histoires qui se sont dépliées en se croisant, sans se croiser, sur des routes souvent transnationales. De donner image de ce qui s'est joué et se joue encore aujourd’hui dans des lieux et des circuits souvent très peu institutionnalisés. Comme de donner idée à la fois de la pluralité, des singularités comme des liens d'influence de ce qui peuple le nom, un peu trop lâche, d'improvisation.

« Ce qui est important, ce ne sont jamais les filiations, mais les alliances et les alliages ; ce ne sont pas les hérédités, les descendances, mais les contagions, les épidémies, le vent. »
DELEUZE Gilles, PARNET Claire, Dialogues, Paris, Flammarion, 1999, p. 84.

Généalogie du projet

Cette contribution à la mise en réseau des improvisateur·ices est née d’une réflexion menée au sein du Master Arts sous-parcours « Improvisation en danse » de l’Université Côte d’Azur. Elle a pu se construire grâce à l’investissement des masterant·es et de complices impliqués, et s’est dépliée en différentes étapes :

1. Mise au point d’un protocole méthodologique
La mise à l’étude critique de l’hypothèse cartographique s’est effectuée lors d’un labo de recherche dans la Drôme (oct. 2021) qui a réuni pendant une semaine les masterant·es et des improvisatrices-chercheuses ayant une expertise des pratiques improvisées à l’étranger : Allemagne, Angleterre et Pays-Bas (Bettina Neuhaus), Japon (Christine Quoiraud), Allemagne et Suisse (Sandra Wieser), Venezuela (Inès Perez-Wilke), États-Unis (Mandoline Whittlesey) et Italie (Carla Bottiglieri). Ce temps de laboratoire a abouti à la mise au point d’une méthodologie, comprenant la réalisation de protocoles de collecte.

2. Collecte collaborative et éditorialisation des contenus
Nous avons lancé une chaîne collaborative d’histoires orales. Il s’agissait de collecter des témoignages individuels prenant chacun la forme d’une carte (1) contée (2).

  1. Une carte est la réponse que chaque improvisateur·ice interrogé·e a donné à la question suivante : « quand tu improvises aujourd’hui, de quelles histoires, pratiques ou rencontres es-tu l’archive vivante ? ».
  2. Sur la base de cette carte, les improvisateur·ices étaient invité·es ensuite à raconter les héritages les plus saillants de leur parcours, à travers une parole improvisée qui chemine en s’appuyant sur un tracé, ses lignes et ses nœuds.

Une carte contée est cette cartographie personnelle, à la fois tracée et racontée.
Une fois collecté·e, l’improvisateur·ice est invité·e à devenir collecteur·rice à son tour, auprès d’une personne de son choix. Et ainsi de suite, permettant à cette chaîne d’histoires orales de fuser librement, de connaissance en connaissance, vers des horizons décentralisés.
Christine Quoiraud joue le jeu au-delà des attentes, et s’appuie sur ce dispositif cartographique pour mener un projet de recherche auprès du CN D (Donner la palabre, 2024) et nous rapporter une vaste série de cartes contées collectées auprès des improvisateur·rices du Body Weather.

3. Création d’un jeu de cartes
Un jeu de cartes est créé en collaboration avec Éléonore Kabouche, et s’expérimente pour la première fois avec les participant·es de l’Improvisation Summer School, 2ème édition (sept. 2022). Ce jeu a permis un autre type de collecte orale et la réalisation de capsules audio courtes venant enrichir les données issues des cartes contées.

4. Conception d’un site internet
La traduction éditoriale de cette enquête prend la forme d’un site internet, qui permet d’héberger les cartes contées et les capsules audio, mais surtout qui donne à voir au moyen d’une data-visualisation, ou visualisation de données, la constellation des mondes improvisés. L’outil numérique permet en effet l’élaboration d’une cartographie émergente et sans auteur autre que l’ensemble de la communauté des contributeur·ices. La constellation produite est, de facto, évolutive et sans préconception de son extension – géographique, historique ou disciplinaire. Telle une composition sans auteur, son périmètre ira jusqu’où portent et porteront les témoignages de tous les participant·es au projet.

L’équipe

Initié et porté par Alice Godfroy, ce projet cartographique s'est inscrit dans une recherche plus vaste intitulée « A partir de gestes improvisés – Contribution à l’émergence d’un champ de recherche », soutenue par l'Institut Universitaire de France, et qui a cherché à développer le champ des Études en Improvisation à partir des savoirs somatiques des improvisateur·rices.

Il a été co-porté à travers les ans avec :

  • deux complices proches et attentives : Éléonore Kabouche et Christine Quoiraud
  • deux concepteurs experts et designers de site : Tanguy Wermelinger et François Robert
  • et une formidable équipe de masterant·es (sous-parcours « Improvisation en danse », Université Côte d’Azur, 2021-2024) : Anaëlle Niger, Ariel Coiffet, Chloé Saffores, Daniel Izquierdo, Élodie Posat, Emma Robert, Eva Baudry, Laurence Maillot, Léa Bonnaud, Lucile Combreau, Marion Arnaboldi, Mikaël Crampon, Monica Busacca, Nathalie Ancé, Natividad Capdevila, Pascaline Denimal, Perline Aglaghanian, Roxane Schultz.

Cette équipe est vouée à grossir ses rangs avec vous, et tous les improvisateur·rice·s qui accepteront d’y participer – chaque collaborateur·ice devenant de fait co-auteur·ice de la cartographie finale.